

C’est une territoire magique où Jean-Yves Cousteau se découvrit une passion pour le Grand bleu, où Gaston Rebuffat inventa l’escalade moderne, où des hommes dessinèrent il y a 30 000 ans des chevaux sur des parois de grottes, où disparu Saint Exupéry, où se rencontrent le mérou et l’oursin diadème, le Molosse de Castoni (chauve-souris géante) et le chêne vert.
C’est aussi un territoire fragile, menacé par le tourisme prédateur, les pollutions terrestres ou marines, les incendies, l’appétit des promoteurs. Mais, bonne nouvelle pour les générations futures : le Parc national des Calanques vient de naître.
Disons le bien fort : la création officielle du parc du massif des calanques, aux portes de Marseille reste un événement écologique considérable. Car malgré « l’engatse » (prise de tête, en marseillais) qui a présidé à son élaboration et les réserves de ceux qui affirment que ce « parc protecteur ne protègera rien » (voir le retrait du Frioul du « cœur » du parc, les autorisations de chalutage, de chasse à la glu, etc), il reste qu’on vient d’assister à la naissance du premier parc périurbain d’Europe, le troisième au monde si l’on compte ceux du Cap et de Sydney1.
Son objectif : protéger un site exceptionnel, terrestre et marin, soumis à de multiples menaces (pression urbaine, sur-fréquentation, pollutions, incendies, etc.). Sur ce registre le défi de ce parc est d’importance.
Il s’étend sur 158 000 hectares2 et implique sept communes (Marseille, Cassis, Carnoux-en-Provence, Ceyreste, La Ciotat, La Penne-sur-Huveaune, Roquefort-la-Bédoule). Une zone qui abrite 140 espèces protégées (de la Sabline de Marseille au lézard ocellé, des chauves-souris typiquement méditerranéennes aux derniers couples d’aigles de Bonelli) et qui compte 90 sites archéologiques dont la fameuse grotte Cosquer au cap Morgiou, qui abrite des peintures rupestres dont les plus anciennes datent d’il y a 27 000 ans.

90 % de ce parc étant situés en mer, outre des fonds décisifs comme le canyon de Cassidaigne, 60 espèces patrimoniales y sont présentes, des dauphins aux tortues marines et de l’éponge carnivore aux coraux.
C’est en 1890 que la préservation des Calanques fut envisagée lesquelles furent placées sous la responsabilité de l’Office national des forêts, les acteurs associatifs obtenant le classement du site en 1975. En 1999, avec la création d’un GIP (Groupement d'intérêt public) qui sera conduit par Guy Tessier, le projet d’un parc « nouvelle génération » est lancé.
Une concertation s’ensuivra qui suscitera pas moins de 300 réunions, une enquête publique étayée de 4 500 contributions avant d’arriver à une charte finale fille de nombreuses palabres. C’est qu’entre les instances environnementales (dont le Conseil National de Protection de la Nature) et les écologistes qui déploreront des manques d'ambition au projet, les pêcheurs, plaisanciers, grimpeurs, cabanoniers, élus locaux, qui redoutent une sanctuarisation de l’espace, il aura fallu beaucoup d’échanges pour s’entendre sur les acceptions du mot régulation, philosophie qui devra s’imposer aux activités future de la zone.
Ainsi en mer, des zones de non-pêche seront instaurées sur 10,5 % du « cœur » du parc, les jet-skis seront proscrits, la visite en bateau se fera sans messages diffusés par haut-parleur pour respecter la quiétude des lieux. Sur terre, la chasse restera autorisée, mais avec un arrêt progressif des lâchers de tir.
Les randonneurs seront priés de rester sur les sentiers balisés, les activités de falaises pourront être règlementées pour ne pas gêner la nidification, les pratiques sportives extrêmes seront bannies, tout comme le bivouac ou l’éclairage artificiel.

Les futurs agents du parc (de 50 à 70 personnes) ayant pour mission de sensibiliser le public à la protection de l'environnement, avec la possibilité de verbaliser les usagers irrespectueux, et de mieux maîtriser la fréquentation, soit deux millions de personnes par an.
Doté par l’Etat d’un budget de plusieurs millions d'euros, le parc sera géré par un établissement public sous tutelle du Ministère de l’Ecologie, avec un conseil d’administration de 49 membres dans lequel seront représentés les acteurs locaux (élus, gestionnaires, usagers, habitants, scientifiques, associations de protection de la nature...).
Ce CA étant épaulé par un conseil scientifique et un conseil économique social et culturel. Outre un siège administratif, le parc sera doté de maisons ouvertes au public (accueil, information, expositions) aux principales portes d'entrée du territoire.
Frank Tenaille
(1) Les 10 parcs nationaux français sont : le Parc national de la Vanoise (1963), le Parc national de Port-Cros (1963), le Parc national des Pyrénées (1967), le Parc national des Cévennes (1970), le Parc national des Ecrins (1973), le Parc national du Mercantour (1979), le Parc national de Guadeloupe (1989), le Parc amazonien de Guyane (2007), le Parc national de la Réunion (2007), le Parc national des Calanques (2012).
(2) Le parc s'étend sur une superficie de 158 100 hectares comprenant un « cœur » marin de 43.500 ha et un « cœur » terrestre de 8.300 ha, une Aire optimale d’adhésion ou AOA (terrestre) de 8.300 ha et une Aire maritime adjacente (AMA) de 98.000 ha. www.gipcalanques.fr
[ Pollutions ]
• Pour apprécier la pression qui peut s’exercer sur une zone fragile comme celle du parc, il suffit de dire qu’en ce qui concerne la batellerie, un comptage effectué le 21 août 2011 donnait 595 bateaux sur le Frioul, 336 sur Planier, 281 sur Riou, 336 sur les Calanques et 155 sur Corbière.
• 176 M3 : c’est la quantité de déchets ramassés lors de l’opération Calanques propres de mai 2011.
• Le futur parc portera avec l’Agence de l’eau le projet de réhabilitation de la cuvette de Cortiou. La fin des rejets dit des « boues rouges » au large de Cassis est fixée à 2015.
[ Une aire maritime Hubert Falco ]
Albert Falco, « Bébert » pour les intimes, s’est éteint le 21 avril dernier des suites d’une maladie. Aux côtés du commandant Cousteau, il avait été de l’aventure de la Calypso où il resta à bord près de 40 ans, simple plongeur puis chef d’expédition avant d’en devenir le capitaine.
En 1962, il réalisa une première mondiale en devenant l’un des premiers océanautes à vivre sous la mer, au large du Frioul. Lui qui avait activement participé à la mise au point de dispositifs de plongée ou d’équipements, s’était beaucoup mobilisé en faveur du parc.
Début mai, un hommage lui a été rendu près de la calanque de Sormiou où il réalisa ses premières plongées. Une Zone de Non Prélèvement (6 hectares) y a été officiellement baptisée « Zone maritime protégée Albert Falco ».
[ Scandola et « l’effet réserve » ]
La Réserve naturelle de la presqu'île de Scandola, non loin de Calvi, forte de vingt ans d’expérience, a servi de référence de travail au GIP. Cette réserve naturelle protège 900 hectares terrestres et 1 000 hectares marins.
Le GIP a reçu notamment ces « sentinelles de la mer » que sont les pêcheurs côtiers du cru. Gérard Romiti, président du Comité régional des pêcheurs maritimes et des élevages marins de la Corse rappelant qu’en 1975 Scandola était un désert marin et qu’en vingt ans, la biomasse avait pratiquement doublé permettant à huit nouveaux professionnels de s’installer grâce à cette manne.
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