

Tout semble parfait dans ce spectacle magistral. Mieux encore, la perfection ne se voit pas. La fable est pourtant inouïe : nous sommes à Moscou dans les années 30 et trois récits s’entremêlent.
Celui d’un écrivain martyr d’une société tyrannique (autoportrait de l’auteur aux prises avec la sympathique Union soviétique), celui de Ponce Pilate sacrifiant Jésus (réflexion sur le pouvoir absolu), celui de l’histoire d’amour entre Marguerite et le maître.
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Le diable s’en mêle, qui vient avec sa suite déstabiliser le tout. Au final, Simon Mac Burney sert un conte intemporel et métaphysique, à la fois burlesque et fantastique. C’est peu dire que les acteurs sont excellents, qui content et jouent, passant sans cesse de l’extérieur à l’intérieur de l’histoire. Leur jeu est subtil, souple, toujours surprenant.
Du pur jeu théâtral, en perpétuel élan vital, toujours à la bonne distance, avec ce qu’il faut d’humour quand il le faut. Les inventions scéniques foisonnent, discrètes et efficaces, dans un décor minimaliste. Une rangée de chaises, un tram multifonctions, un lit d’hôpital psychiatrique, une table…
Parfaitement liés à l’histoire, les moyens techniques permettent une utilisation grandiose de la Cour d’honneur. Jésus (joué par un comédien), le camarade Staline (non représenté sur scène) sont projetés sur le mur du fond, qui sert aussi de plan de Moscou façon Google-Map ; du sang s’y écrase, tandis que parfois tombe la neige sur les murs de côté.
La façade du palais finit par se fissurer et s’écrouler en un tas de pierres sous l’effet de la 3D. Mention spéciale pour la bande son. Tout est beau précis, pensé… et coule de source. Le public fait corps, ovationne. Un grand moment de l’histoire du théâtre. Rarissime.
Marie-Hélène Bonafé
Festival d'Avignon | Le Maître et Marguerite | Vu le 15 juillet 2012, Cour d’honneur]
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