

Déjà son nom, invraisemblable, ouvert au courant d’air des idées : on y entend le patronyme d’un Indien-Contre, un de ces Sioux qui montaient à l’envers leurs chevaux et leurs amours ; ou le sobriquet d’une peluche bien ficelée, voire, par antinomie, le surnom du chien fou du voisin.
Remarquez, Foofwa le danseur (Frédéric Gafner au civil, né à Genève) est capable, dans son appétit effréné d’expériences, de se glisser dans les trois à la fois... L’homme incarne avec une certaine jouissance les figures les plus antagonistes tout en concoctant des objets syncrétiques où le savoir littéraire, la virtuosité dansante, le flux verbal et la parodie clownesque font bon ménage. Il mime, copie, compile, condense et réinvente les torts et les travers des héros.
Ce faisant, il dépoussière la hiérarchie des genres en inventant quelque chose de très joyeux : l’hommage iconoclaste ! Le voici qui célèbre, dans une performance audacieuse et hilarante, trois génies morts à quelques semaines de distance - Pina Bausch, Michael Jackson et Merce Cunningham. Lui-même fut un des grands danseurs de Cunningham, conjuguant risque et maîtrise avec quelque chose qui ne s’apprend pas : l’intensité. Il a d’ailleurs toujours cette ardeur, cette énergie, cette curiosité gourmande pour le monde et ses questions.




Il jongle entre enseignement en studio et sur internet, fabrication de films et de pièces, conscient que cet appétit d’action peut nuire à la décantation ou à la concentration finale des pièces. Mais cet artiste doué et décalé aime vivre. Narguer l’ennui, la morgue, la tragédie. Plus rare encore, il sait dégoupiller ses grenades parodiques avec amour. Je vous laisse imaginer sa Pina enfumée et son Merce borborigmeux. Rencontre.
Pourquoi ces retrouvailles post-mortem d’idoles disparates ?
Et bien oui, la mort rassemble tout ce monde qui ne se ressemble pas. Pina, la superbe tragédienne sociale de la danse-théâtre, Merce le dernier grand inventeur avant nos temps post-modernes, Michael que tout le monde connaît (quand bien même on ne saurait rien des deux autres) et dont on esquisse les pas dans le monde entier.
Vous considérez-vous comme un imitateur, un caricaturiste, un clown ?
Un peu de tout cela et un narrateur aussi, parce que j’aime raconter l’histoire de la danse qui, même quand elle est transmise par le corps, a besoin de verbalité. Règle du jeu : on montre et on cause.
Vous jonglez avec le texte et la danse, la mimique et les pas, l’imitation et la parodie : vous aimez bien l’impur ?
C’est vrai, c’est rare que je fasse quoique ce soit de monolithique, je suis attiré par un tout. Et puis aussi, je trouve intéressant de faire de deux connus un inconnu : par exemple courir-danser comme dans Kilometrix, une pièce hybride. Chercher l’alchimie des différences sans tout brouiller, voilà qui est plaisant.
Dans cette pièce, le discours est ininterrompu, linéaire et cette nappe de mots contraste avec le montage des scènes en collage, en ruptures de ton...
Oui, mais le récit ce n’est pas moi qui le construit, c’est mon personnage, Danse Alighieridere, un hypothétique cousin de Dante, une sorte de momie en bandelettes autant qu’un danseur meurtri, plein de pansements. Il aime la danse, il a passé 400 ans sous terre, il peut nous révéler le destin de nos trois héros, de l’Enfer au Purgatoire et au Paradis.
Virtuosité et burlesque vont évidemment de pair pour vous...
J’aime bien l’exercice, le travail de recherche, le Jeu - ce qui nous amuse, ce qui branle dans les formes, oui j’aime quand il y a du jeu, un peu de distance dans l’espace ou les normes. J’aime bien mettre les choses sérieuses sous la bonne humeur et le divertissement sur le fil de la provocation, en essayant de n’être pas vulgaire. Par exemple, je respecte Merce, Pina et Michael, mais on peut jouer avec l’aura mythologique des gens sans les réifier. Qui aime bien raille bien !
Vous semblez addict à l’excès non stop, au travail constant. Vous avez les bras de Shiva ?
Je me nourris par vases communicants : enseigner inspire la création qui enrichit la transmission... Essayons d’avoir un peu de générosité, des intérêts multiples. Je suis gourmand, et pressé. J’ai 42 bientôt 43 ans, mais ça va, en forme. Et je me sens plus libre sur scène que je n’ai jamais été.
Propos recueillis par Christine Rodès
[Aix-en-Provence] Pina Jackson in Mercemoriam, Pavillon Noir (les mercredi 7 & jeudi 8/12 à 19 h 30, suivies d’une rencontre-apéritif avec Foofwa)
0811 020 111 - www.preljocaj.org
Photos Christian Glaus - cglausrff@hispeed.ch
"Pina Jackson in Mercemoriam" - version francophone 4.0 from Foofwa d'Imobilité on Vimeo.
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