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Lunel, capitale de la mandoline

Olivier Chabrol, musicien compositeur et directeur artistique de la   neuvième édition du festival international des mandolines de Lunel a déchiffré cette célébration annuelle originale et innovante autour de la mandoline. Le petit instrument, oublié un temps, a trouvé son public et un allié de taille dans le sud de la France. A découvrir de toute urgence.

La planète mandoline, c’est quoi ?
Jusqu’il y a une dizaine d’années, la mandoline tombait dans l’oubli. Il s’agissait d’un instrument qui n’avait pas pris le virage de la musique d’après-guerre. A cette époque, il y avait un million de mandolinistes en Italie, autant en France et en Allemagne. Puis le rock, le jazz, et la « world » sont apparus et ce petit instrument est devenu désuet. Dans les années 90, j’ai voulu monter un orchestre original de dix musiciens. Mais au lieu de mettre des cordes à archet (cordes frottées), j’y avais mis deux guitares et deux mandolines (cordes pincées).

A la sortie des concerts on ne m’a parlé que de la mandoline : « On ne savait pas que ça existait encore, on ne savait pas que c’était si beau, que cela pouvait jouer du rock… ». J’ai continué à faire des compositions, des projets, jusqu’à arriver au théâtre de Béziers, de Perpignan, où en première partie jouait l’orchestre moderne et en seconde, j’avais invité des groupes de mandolines qui représentaient des anciennes images, musique napolitaine, un groupe corse, un quatuor de mandolines façon classique.

Les gens étaient enthousiastes ! Le seul moyen de faire durer ce bonheur, c’était monter un festival ! C’est comme ça, que j’ai découvert que l’importance de la planète mandoline. Car si la mandoline était tombée en désuétude en Europe, elle vivait avec son temps et ses influences au Brésil, au Venezuela, aux Etats-Unis… Sauf, qu’elle ne voyageait pas. Avec le festival, les plus grands mandolinistes se sont retrouvés ici pour partager, et créer.

Kerman-Mandolin-Quartet

Comment Lunel est devenue capitale de la mandoline ?
La chance que j’ai eue, c’est qu’en tant que musicien compositeur, de sublimes mandolinistes comme Hamilton de Hollande, Ricardo Sandoval, inconnus en France, m’ont accordée leur confiance. Ils ont vu mon enthousiasme et avaient besoin de mettre pied en Europe.

La mayonnaise a prise toute seule. Dès le début, en 2004, la ville, la région, des partenaires privés nous ont suivi. On a tout de suite dit : « C’est le plus grand festival de mandoline du monde ! ». En même temps c’était facile, il n’y en avait pas d’autres ! (rires).

Quelle est la spécificité de cet instrument ?
La mandoline a deux avantages. C’est exactement la tessiture un peu soprano du violon, quatre cordes accordées en quinte sauf que les cordes sont doublées. Comme pour le violon, il existe la mandoline alto, ténor, le mandoloncelle aussi.

La mandoline a donc une possibilité mélodique. En plus elle a un coté guitare, on la tient contre soi, on joue avec un médiator. De ce fait, elle a aussi une possibilité rythmique. Ces avantages la rendent moderne dans le jazz, le rock, la country. Aujourd’hui les mandolinistes développent ces deux aspects. Cela en fait un instrument original, unique !

RAST-Bouzouki-Quartet

Cette année vous avez pris le parti d’associer des instruments « cousins » de la mandoline, pourquoi ?
Maintenant que la mandoline commence à faire parler d’elle, qu’il y a toute une dynamique autour, on a eu envie de faire profiter « les copains ». L’intérêt premier de notre démarche c’est de rendre l’instrument récréatif, de le réintroduire dans notre époque et pourquoi pas qu’il soit le départ de nouvelles musiques…

Les instruments « cousins » invités sont tous issus des cordophones. On retrouvera le bouzouki qui a une forme en amende, un manche plus long, des doubles cordes et est percussif. La guitare portugaise, qui a une forme entre la guitare et la mandoline, encordée elle aussi en double cordes.

Le tiple colombien, ou le saz turc, soit des instruments dont les formes ont évolués avec les époques mais pourtant tous issus du luth ancien. Nous cherchons par là encourager la création, l’essence même de la musique.

Propos recueillis par Léa Smirnow

[Lunel | Festival international de mandolines | 30/10 < 3/11 | Masterclass et stages avec les artistes du festival - 1er <  3/11 | 04 67 42 06 81]

[Au programme]
Le 31/10 : CONCERT CABARET (Salle G. Brassens)
RAST BOUZOUKI QUARTET (Bouzouki - Grèce)
NATALIA SHKREBKO & STYLE OF FIVE (Domra - Russie)

Le 1/11 : CLAIRE LUZI CHORO QUARTET (Mandoline - France/Brésil), CUSTÓDIO CASTELO (Guitare portugaise - Portugal), HASAN HÜSEYIN GENÇ (Saz - Turquie), FITZGERALD SUPERBAND (Mandoline - France)

Le 2/11 : ORCHESTRE NATIONAL DE MONTPELLIER LANGUEDOC-ROUSSILLON, RICARDO SANDOVAL (Venezuela), FABIO GALLUCCI (Italie), KERMAN MANDOLIN QUARTET (Mandolines - Israel, Italie, Espagne, France), KMQ & Ricardo Sandoval, mandolines

Le 3/11 : CARLOS Y MANUEL QUINTERO BADILLO (Tiple - Colombie)
PUNCH BROTHERS & CHRIS THILE (Mandoline - USA)

[Tous les concerts, salle Georges Brassens à 20h45 | Les rendez vous apéros, 18h45  bar Le Pavillon ]

Mardi, 30 Octobre, 2012 - 07:07 to Samedi, 3 Novembre, 2012 - 23:06

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