

Loin des clichés sur la banane et les santiags, Dick Rivers ne vit pas dans un monde de naphtaline. Malgré cinquante ans de musique et un penchant pour notre président, l’ex Chat sauvage a horreur du bling-bling. Considéré à tort comme le troisième homme du rock français, Dick Rivers a le mérite d’être le plus authentique. Avec Mister D, un nouvel album convaincant, il confirme son talent d’interprète singulier qui sait bien s’entourer. Rencontre « very dick ».
Cinquante ans de carrière sans tapage et toujours dans le tiercé du rock n’roll à la française. Comment expliquez-vous cette longévité ?
L’album Mister D aurait très bien pu sortir l’année dernière ou l’année prochaine. C’est une coïncidence heureuse. En réalité, je n’y avais pas pensé, c’est un ami qui me l’a fait remarquer. Moi, vous savez, je suis intemporel. Si je dure, c’est tout simplement parce que je ne me prends pas au sérieux. J’essaie toujours, avec mes albums, de surprendre agréablement les gens. Je ne suis qu’un interprète donc je m’entoure d’auteurs et compositeurs de talent.
Comment avez-vous vécu les moments où vous étiez moins dans la lumière ?
Je n’ai pas eu de problème de ce côté-là car je n’ai jamais été Monsieur tubes. J’ai eu quelques succès, mais on ne m’identifie pas à des morceaux particuliers. C’est plutôt la sincérité de ma musique que l’on retient, ma fidélité, ma véridicité. Je n’ai jamais suivi la mode. C’est elle qui me rattrape par moments, me dépasse puis me rejoint par d’autres moments. Je ne suis pas un caméléon et je pense que mon public le ressent.
Qui est le public de Dick Rivers aujourd’hui ?
Il y celui qui me suit depuis mes débuts et d’autres qui sont arrivés à différentes périodes de ma carrière. Mon public est multi-générationnel. Ma seule préoccupation est de lui plaire et de le renouveler en l’élargissant. C’est pour ça que j’adore faire des grands festivals car les gens ne viennent pas systématiquement pour vous et vous découvrent.
Dans l’imagerie populaire, vous êtes le rocker soigné au look impérissable. Cela vous ennuie-t-il ?
Je n’ai rien provoqué, il n’y a pas de recette, c’est moi. Je ne suis pas un people, j’ai une vie normale. Le Français est très conservateur et il a tendance à classer les gens. Cela fait longtemps que je ne fais plus, à part sur scène, du rock’n roll comme on l’entendait à la fin des années cinquante mais je sais que lorsque je mourrai, on écrira : « Dick Rivers, chanteur de rock’n roll français ».
Pourtant, je considère avoir fait d’autres choses très importantes dans ma vie comme douze ans de radio, des romans, du théâtre, du cinéma. J’évolue avec mon temps. En 1968, je travaillais avec Gérard Manset et personne ne le connaissait. Au début des années soixante-dix, mon réalisateur et meilleur ami est Alain Bashung. J’ai toujours puisé mes ressources dans la jeunesse.
Vous évoquez Alain Bashung et pourtant vos univers semblent si différents. Pouvez-vous nous parler de votre relation ?
Nous étions comme deux frères. C’était mon fan numéro un ! Il me disait que j’étais une source d’inspiration pour lui car je faisais ce qu’il n’avait pas l’opportunité de faire. On n’avait les mêmes racines au sens où on aimait les mêmes gens comme Willie Nelson ou Creedence. On a suivi deux chemins différents mais je préfère qu’on me compare à Alain plutôt qu’à d’autres. Suivez mon regard…
Vos origines du Sud de la France ont-elles influencé votre conception de la musique ?
J’ai été élevé près d’une base américaine, à Villefranche-sur-Mer, et quand est sorti mon premier disque, le jour de mes quinze ans, je n’avais pas beaucoup d’autre culture que celle-là. Même si je connaissais Georges Brassens, Gilbert Bécaud et des groupes italiens, ce ne sont pas ces influences qui m’auraient poussé à chanter. Quand j’étais tout petit, les soldats américains me donnaient des chewing-gums, quand j’étais ado, des cigarettes. J’ai connu le cinéma en V.O. et les popcorns grâce à eux. On rêvait tous de grands espaces, de cow-boys. Puis on a découvert, avant le reste de la France, leur musique.
Beaucoup disent que Mister D est un de vos plus beaux albums sinon le meilleur. Trouvez-vous la reconnaissance un peu tardive ?
Ce n’est jamais trop tard. Je me considère comme un éternel débutant. Mon challenge est de toujours prouver. Pour moi, la reconnaissance totale, c’est quand le public applaudit ou apprécie un album. Je suis très fier du dernier. Il a l’air de bien démarrer mais même s’il ne marche pas, le but, c’est de s’éclater. De faire la musique qu’on aime sans avoir à en rougir plus tard. Je ne dis pas que tout ce que j’ai fait est bien mais je ne regrette rien.
Qu’est-ce qui fait, selon vous, une bonne chanson ?
La musique et, parce qu’on est en France, le texte. C’est le seul pays où l’on accorde autant d’importance à ce que raconte le chanteur. Pour les anglo-saxons, ce qui compte, c’est la production, la sonorité et l’interprétation. Pour moi aussi, d’ailleurs. Une bonne chanson, c’est quelque chose qui vous touche. C’est pour ça que mes goûts musicaux sont très larges. Ils vont de Pavarotti à Pearl Jam en passant par Francis Cabrel. Je suis très bon public.
Trouvez-vous encore un esprit rock’n roll dans la génération actuelle de rockers qu’ils soient Français ou anglo-saxons ?
Oui. J’ai participé récemment à une émission avec un groupe qui m’adore : BB Brunes. Je trouve qu’il y a une énergie dans leur façon d’être qui est très proche de ce que je faisais à mes débuts. Ca n’y ressemble pas mais, par leur attitude, ils emmerdent le monde. J’aime aussi Mustang, La grande Sophie.
Vous dites aimer Nicolas Sarkozy ?
Je l’ai connu bien avant qu’il soit président de la République, lorsqu’il était maire de Neuilly-sur-Seine. Il était fan, avait tous mes disques et voulait me rencontrer. Je suis très fidèle en amitié et c’est quelqu’un que j’aime beaucoup humainement. Je sais qu’au fond de lui-même il est très honnête. Il aime rendre service. Je n’aurais pas voulu subir tous les problèmes qu’il a dû affronter. Je ne vois pas qui d’autre aurait pu assumer une telle responsabilité et s’en sortir aussi bien dans ce contexte difficile. Ce n’est pas un métier de tout repos et il faudrait me payer très cher pour l’exercer.
Propos recueillis par Matthieu Burgos
Dans les bacs, Mister D (Mouche/XIIBis /Warner).
En libraire, Dick Rivers, Mister D, entretiens avec Sam Bernett (Editions Florent Massot).
Sur le net : www.dick-rivers.com
• Retrouvez Dick Rivers sur scène, le 17/3 à Sérignan (34) •
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